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Le fraîchisme, si l'on remonte aux sources, voit le jour en 1961, en même temps que Guy Bonet. C'est en effet cet enfant étonnamment doué pour toutes les formes artistiques qui donnera ses lettres de noblesse au fraîchisme, cette école artistique qui n'a aujourd'hui rien à envier aux plus grandes.

A peine balbutiant, le marmot profite de la première matière colorée qui lui tombe sous la main pour établir ses premières compositions. Ses parents, malheureusement hermétiques au fraîchisme (ce qui remet en cause toutes les théories sur l'hérédité...) ne savent que le traiter de "vilain" et l'envoient au coin, ce qui aurait pu avoir la fâcheuse conséquence de rendre l'enfant cubiste. Fort heureusement l'enfant résiste aux coins, et persiste dans ses explorations de la matière et de la couleur.

Puis le bambin élabore et mûrit son œuvre, s'inspirant des aliments qui s'offrent à lui. Au gré du marché, il passe de la fraise écrasée au potage verdâtre (refusant pourtant opiniâtrement les épinards, dont la couleur peu franche ne lui inspire qu'une méfiance justifiée et bien compréhensible). Il forme ainsi des compositions sur nappe cirée dont la polychromie révèle un sûr talent de coloriste qui ne se démentira plus, malgré l'obstination des parents qui persistent à nettoyer ces œuvres uniques, victimes de cette "compulsion de la propreté". Il ne reste donc malheureusement rien de cette phase du fraîchisme, en dehors des souvenirs des témoins oculaires...
Mais qu'est-ce que le fraîchisme ? Si l'on pose la question à Guy Bonet, il répond, sur un ton lourd de sous-entendus, qu'il n'en sait rien. Cette école, qui n'impose aucune règle, aucune technique, autre que le bon plaisir de l'artiste (ou de l'œuvrier) a quand même une contrainte : la "date limite de fraîcheur" doit impérativement figurer sur chaque œuvre lorsqu'elle est vendue, faute de se voir refuser le label "fraîchiste". C'est en quelque sorte le "certificat d'authenticité" des toiles fraîchistes. En dehors de cela, l'artiste (ou œuvrier) est libre de se fier à son instinct et à sa bonne humeur.

Certains disciples, qui avaient mesuré tout l'intérêt qu'il y avait à appartenir à une telle école, ont tenté de tricher en mettant leurs œuvres au congélateur, seul moyen qu'ils avaient trouvé de réaliser une peinture fraîche !! Guy Bonet dut alors rappeler officiellement la devise du fraîchisme : Toujours frais, mais jamais glacé.

Des artistes dissidents crurent bon de créer le "glaçage", ou le "glacis", mais ne purent jamais égaler le fraîchisme, non plus que nuire à son éclat et à sa notoriété. Pour finir, donnons un petit conseil aux amateurs avertis et éclairés qui ont en leur possession des œuvres de Guy Bonet : si leurs tableaux ont dépassé leur date limite de fraîcheur, il suffit de les rafraîchir en buvant de l'alcool de menthe, ou en les plaçant vingt-trois minutes dans le bac à légumes d'un réfrigérateur, pour qu'ils retrouvent toute leur fraîcheur.